Quelques personnes du CICT ont installé Mac OS X sur leur Macintosh. Voici un compte-rendu d'expérience pour ceux qui hésitent à faire le pas.
Mac OS X n'est pas une mise à jour de Mac OS 9, c'est un nouveau système. Il reprend les technologies de Next, l'ancienne société de Steve Jobs. Il ne fonctionne que sur des Mac suffisamment récents (G3 minimum). La mise à niveau d'un Mac est réversible, car on peut choisir de démarrer sur l'ancien système ou le nouveau.
Mac OS X est basé sur un système Unix BSD à noyau Mach, appelé Darwin, qui apporte enfin à Mac OS des caractéristiques indispensables dans un OS moderne, comme :
(Toutes ces caractéristiques en elles-mêmes n'ont rien de moderne, elles existent depuis plus de vingt ans, avant même la naissance du Macintosh !) Mac OS X masque (presque) complètement Unix à l'utilisateur, ce n'est pas un Unix avec une interface graphique. Mac OS X présente une interface facile d'utilisation, un Finder, Sherlock, un menu pomme, et des outils provenant de Next (mais il ne donne pas une interface Mac à tout logiciel Unix, bien sûr). La connaissance d'Unix n'est absolument pas indispensable pour installer et utiliser Mac OS X, heureusement, mais la compréhension de quelques concepts est nécessaire, tels les multiples utilisateurs et les droits qui leur sont associés (voir plus bas).
Ce système est nouveau, mais sa base est solidement éprouvée depuis longtemps (dans Unix et Linux, ainsi que NextStep). Il apporte également des technologies modernes comme OpenGL, PDF, Unicode, Java2.
L'interface de Mac OS X (et du Finder) est très sensiblement différente des précédentes versions, et demande un apprentissage (assez rapide). Elle est supérieure sur certains points, mais a quelques manques.
Depuis quelques années Apple vendait des serveurs sous système Mac OS X Server. Ce système n'était pas une version spéciale du système présenté ici, son interface et une partie de ses bases sont différentes. La version actuelle (10.1) de Mac OS X Server a par contre la même base, avec la même interface et des outils complémentaires.
Mac OS X ne remplace pas une version précédente de Mac OS. Lorsqu'on l'installe sur un Mac déjà en fonction, il coexiste avec Mac OS 9. On ne peut pas le faire coexister avec les versions 7 ou 8. Avant d'installer le nouveau système, il faut donc faire la mise à jour du système en version 9.1 ou supérieur, fourni sur CD avec Mac OS X. Après installation de Mac OS X, on pourra faire la mise à jour du système 9 le cas échéant pour passer au système le plus récent (9.2.1 lors de l'écriture de ces lignes). Cette mise à jour se fait avec un CD ou par le réseau, "Mise à jour des logiciels" dans Tableaux de bord).
Mac OS X étant un nouveau système, lors de l'installation, il faut à nouveau renseigner tous les paramètres. Il est donc utile de noter, avant de commencer, tous les renseignements fournis par le tableau de bord TCP/IP. Mac OS X, comme Unix qui lui sert de base, est un système identifiant ses utilisateurs. Il en faut donc au moins un, c'est pourquoi la procédure d'installation crée un compte d'utilisateur (il faut indiquer son nom et choisir un mot de passe). Faire ensuite la mise à jour du système en ligne (version 10.0.4).
Mac OS X peut être installé sur un disque (ou une partition) dédié, si on en dispose. Il est malheureusement impossible de créer une partition sur un Mac ayant un seul disque déjà utilisé (à moins de tout sauvegarder et de reformatter le disque, bien sûr). Dans ce cas, on installe Mac OS X sur le même disque que Mac OS 9, les fichiers sont installés dans des dossiers différents de ceux existant. Dans l'outil Démarrage (un tableau de bord en version 9, une préférence système en version X), on peut choisir le système sur lequel démarrer (X ou 9), si bien qu'on peut toujours installer X pour l'essayer, et revenir ensuite au fonctionnement normal sous Mac OS 9 (mais il sera difficile de supprimer Mac OS X si on n'a pas une partition ou un disque dédié).
Les applications doivent être réécrites pour tourner directement sous Mac OS X. Pour bénéficier de ses avantages, il faut donc, au fur et à mesure de leur disponibilité, installer les nouvelles versions pour X des logiciels utilisés. Mac OS X est livré avec quelques logiciels tournant sous X, Internet Explorer, un logiciel de courrier, des lecteurs QuickTime et PDF, iTunes, Sherlock, et des utilitaires.
Pour faire tourner les applications actuelles, Mac OS X contient une machine virtuelle, appelée Classic, dans laquelle tournent Mac OS 9 et ces applications. Une application non mise à jour lance Classic automatiquement s'il n'est pas déjà actif. Les applications tournant sous Classic ont une interface inchangée (y compris le menu Pomme qui est alors celui de Mac OS 9). Elles ne bénéficient évidemment pas des mécanismes nouveaux : elles peuvent faire planter Classic (et toutes les applications tournant avec lui), et ne bénéficient pas du nouveau système multi-tâches. Par contre Mac OS X est protégé, ainsi que ses fichiers.
Modifier une application pour Mac OS X est malheureusement assez compliqué pour les auteurs et éditeurs de logiciels. Si j'ai bien compris, il y a deux environnements : Cocoa pour les applications natives pour Mac OS X, et Carbon pour les applications compatibles avec Mac OS 9 et Mac OS X (mais Carbon ne donne peut-être pas des performances optimales sous Mac OS X). Certaines applications ont d'ores et déjà été réécrites, d'autres le seront dans les mois qui viennent. Pendant un certain temps (des mois, peut-être des années), il faudra faire tourner sous Classic des applications qui n'ont pas encore une nouvelle version.
Cette caractéristique est importante à saisir pour comprendre les problèmes qui se posent au néophyte de Mac OS X : pourquoi ne puis-je donc pas effacer ce dossier (ou voir le contenu de tel autre) ? Pourquoi le Mac me demande-t-il mon mot de passe pour installer un logiciel ? etc.
Les utilisateurs non informaticiens qui ont leur Macintosh personnel se demanderont peut-être pourquoi avoir introduit cette notion dont ils ne pensent pas avoir besoin. La raison en est que c'est indispensable pour rendre un système informatique raisonnablement sûr, stable et solide, au prix d'une complexité légèrement accrue, mais en fait facile à maîtriser.
Même s'il est utilisé par une seule personne, Mac OS X est un système identifiant son ou ses utilisateurs, et dans lequel les processus actifs et les fichiers ont un propriétaire. Un compte est alloué généralement à une personne, mais certains comptes sont virtuels et représentent un rôle ayant certains droits. On ne les voit pas dans le programme de gestion des utilisateurs (Préférences système), mais on les voit dans le gestionnaire Netinfo et comme propriétaires de nombreux fichiers (dans le panneau Voir les informations).
Lorsque Mac OS X est démarré, il demande à l'utilisateur de donner le nom de son compte et son mot de passe. On ouvre ainsi une session, ce qui permet de l'utiliser effectivement. Une seule session est ouverte à un moment donné. Un menu du Finder permet de fermer la session en cours, sans arrêter le système, pour ouvrir une nouvelle session, sous un autre nom éventuellement. Si le Macintosh est utilisé habituellement par une seule personne, on peut faire en sorte qu'une session s'ouvre automatiquement à son nom sans avoir à donner le mot de passe.
Un compte particulier sur tous les Unix représente le système (system ou root), qui a tous les droits. Tous les répertoires et fichiers de Mac OS X lui appartiennent, sauf les espaces réservés aux utilisateurs réels, et ils ne peuvent donc être modifiés par quiconque sauf lui. Sous Mac OS X, on ne peut donc pas mettre un fichier du système par inadvertance dans la corbeille, ni l'altérer, ce qui est une bonne chose. Un virus ne pourra pas le faire non plus (à moins d'exploiter une faille qui lui permette de devenir root).
Au moins un utilisateur (réel) a le privilège d'administrateur, c'est-à-dire qu'il a le droit d'installer des programmes, faire les mises à jour du système, changer des paramètres, créer des comptes d'utilisateurs. Le premier utilisateur créé lors de l'installation du système est dans ce cas. Ce privilège permet d'utiliser certains programmes, qui prennent temporairement les droits d'accès du système (root). Avant chaque action nécessitant ce privilège, le mot de passe de l'utilisateur lui est redemandé ; c'est une sécurité pour éviter qu'une autre personne (ou un programme malicieux) profite d'une session ouverte pour modifier le système en l'absence de son propriétaire.
Les comptes non privilégiés ont des droits restreints : accès à
leurs documents personnels, et aux ressources (polices, logiciels,
documents...) partagées. Outre le compte du propriétaire du
Macintosh, le compte invite est créé en version 10.0 (ça
ne semble pas le cas en 10.1). Il permet l'ouverture de session sans
mot de passe avec des droits réduits.
Dans un organisme où les machines sont gérées par des gestionnaires de parc et utilisées par des néophytes, il y a tout intérêt à ce que le premier compte créé soit celui d'un gestionnaire, et qu'un compte sans privilège soit créé pour l'utilisateur. On est ainsi certain que l'utilisateur ne peut pas perturber le système.
Ni les possibilités de mise à jour à distance ou en réseau, ni les services d'annuaire, n'ont encore été étudiés, ils ne sont pas discutés ici. Ils semblent promettre bien plus que le partage de fichiers et d'applications. Tous les éléments sont en place pour qu'un utilisateur puisse par exemple ouvrir une session sur un Mac quelconque d'un parc, et retrouver son environnement, ses documents, etc.
On peut voir les propriétaires et droits d'accès des fichiers et répertoires dans l'outil Afficher les informations du Finder. Si on y est autorisé (parce qu'on en est propriétaire par exemple), on peut modifier les droits d'accès. Comme sur Unix, on peut définir les droits d'accès du propriétaire, des membres de son groupe et des autres utilisateurs. Les utilisateurs sont affectés dans des groupes. Les utilisateurs faisant partie du même groupe que le propriétaire d'un fichier ont des droits particuliers.
Tous les fichiers préexistants à l'installation de Mac OS X sont affectés au système, et tout le monde peut les lire et écrire (le comportement est donc comme sous l'ancien Mac OS). Les fichiers créés sous Mac OS X ont leur véritable propriétaire, et sont par défaut accessibles à tous en lecture, et au propriétaire seul en écriture.
La hiérarchie des fichiers est différente de celle des versions
précédentes de Mac OS. On trouve ainsi plusieurs dossiers
Fonts, Applications, Library,
... Pour chaque catégorie, un dossier est réservé au système, un autre
(optionnel) est commun à tous les utilisateurs, et chaque utilisateur
a le sien. On y trouve respectivement (par exemple dans
Fonts), les polices standard du système, les polices
supplémentaires communes à tous, et les polices spécifiques à un
utilisateur.
Les fichiers propres à Unix sont cachés au Finder, de même les fichiers spécifiques à Mac OS X sont cachés lorsqu'on démarre en Mac OS 9.
Chaque utilisateur a un dossier personnel à son nom dans le répertoire
Users. On peut y accéder directement dans le
Finder avec le bouton Départ (ou Home) représenté
par une maison. Ce dossier contient des sous-dossiers pour ses
applications, polices, ..., et documents personnels. Le sous-dossier
Desktop représente les éléments placés sur le bureau de
cet utilisateur. Le sous-dossier Public contient des
documents à partager (en AppleShare) sur le réseau (il faut activer le
partage de fichiers). Le sous-dossier Sites contient des
documents à partager sur le Web.
Sous Mac OS 9, les documents pouvaient être partout, il est bon de
les regrouper dans le répertoire Documents du dossier
personnel.
Si on crée plusieurs utilisateurs, chacun peut, à tour de rôle, ouvrir une session et retrouver alors ses documents et environnements personnels.
Tous les noms de fichiers et de dossiers du système sont les noms
anglais. Il faut donc se faire à ce que le logiciel de copie d'écran
s'appelle Grab, situé dans un dossier appelé
Utilities, dans le dossier Applications.
Des noms anglais peuvent aussi apparaître à certaines occasions.
C'est certes embêtant pour les non anglophones, mais il y a d'excellentes
raisons qui expliquent cela : il n'y a plus autant de versions du système
que de langues, mais un seul système Mac OS X multilingue (le choix de
langue est une préférence système).
C'est une bonne idée de ne plus utiliser les noms de fichiers contenant des lettres accentuées ou des espaces, ces noms compliquent les choses quand on utilise Darwin (les commandes Unix).
Sur les systèmes Mac, depuis l'origine, le type des fichiers
(document Word, image GIF, etc.) est déterminé par une signature,
constituée de données non visibles mais enregistrées avec le
fichier. Windows et certaines applications Unix déterminent le type
des fichiers par un suffixe donné à son nom (par exemple, les fichiers
dont le nom finit par .gif sont des images GIF). Pour
faciliter les échanges avec les autres systèmes, Mac OS X adopte ce
procédé pour les nouveaux fichiers créés par des applications X (par
défaut certains suffixes sont cachés par le Finder en version 10.1).
Les suffixes sont imposés lors de la création du fichier, ne pas les
modifier par la suite. Ce système assure certes l'interopérabilité,
mais constitue un changement considérable : comme sous Windows, le
changement de nom peut rendre un fichier inutilisable, le suffixe est
affiché ou non selon le contexte, un fichier Mac OS X sera
inutilisable sous Classic, etc. Les signatures des fichiers créés
sous Mac OS 9 sont reconnues par le finder X, heureusement.
Les aficionados d'Unix seront ravis de trouver une application
Terminal qui permet de lancer des commandes en mode ligne (les
classiques d'Unix, tcsh, ls,
cd, vi, emacs,
perl, telnet,... sont là). Par contre,
Darwin n'est pas l'équivalent de Linux : pas de serveur X11 (on peut
installer XFree), pas de gnome ou
équivalent, pas de gcc. On peut penser que des paquets
pour Darwin des principaux logiciels Unix ou Linux seront disponibles
à l'avenir. C'est déjà le cas de certains, par exemple
XFree (malheureusement le support du clavier français est
imparfait, voir la dernière référence citée pour l'améliorer) ou
gimp.
Attention, les codages des fichiers Unix et Mac sont différents, un fichier texte Mac risque de ne pas être correct sous Darwin et vice-versa : les codes de fin de ligne sont différents, ainsi que les caractères non-ascii (les lettres accentuées par ex.). TextEdit sait lire et écrire les deux formats (et d'autres, Unicode et UTF-8 pour TextEdit par exemple). Dans le cas d'utilisation d'un autre éditeur, faire attention au codage attendu par le logiciel auquel le fichier est destiné.
Les connaisseurs d'Unix peuvent vouloir effectuer certaines tâches
directement sous Darwin. Tant qu'on a pas installé un serveur X11, le
travail se fait en mode ligne dans l'application Terminal.
L'installation de logiciels Unix nécessite l'utilisation du compte
administrateur. Contrairement à certains Unix, on ne passe pas sous le
compte de root par l'utilisation de su (le compte root
est désactivé par défaut). On utilise la commande sudo
qui permet, si on est utilisateur privilégié, d'exécuter une commande
(une seule à la fois) avec les privilèges de root. Comme les logiciels
d'administration de Mac OS X, sudo demande le mot de
passe de l'utilisateur. Par exemple, l'installation de XDarwin (pour
lancer Xfree depuis Mac OS X) se fait de la manière suivante :
cd / sudo tar zxf /tmp/XDarwin1.0a1.tgz(la commande
tar est exécutée avec les droits de root)